roadtrip

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Avant de vous faire mon récit vu de l’intérieur, petite compilation de ce que fut la Trace des Ducs de Savoie 2012 :

 

Distance et dénivelé : 114 km et 7 150 m D+

Nombre de partants : 1465 dont femmes : 125 (8.53% des partants) 
Nombre d’arrivants : 630 (43.00% des partants)    dont femmes : 37 (5.87% des arrivants) (29.60% des partantes) 
Nombre d’abandons total : 835 (57.00%).

 

Temps du vainqueur : Dawa Sherpa (Népalais) en 14h37mn07s

Temps de la vainqueur : Agnès Hervé, vainqueur en 19h07mn00s

Mon temps : 28h02mn26s / Mon classement général : 381ème et 158ème SH.

L’ultime à passer la ligne : Marcel LENOIR en 33h21mn19s.

 

Tout a commencé par une reconnaissance, la TDS pour moi, c’est tout nouveau. L’occasion était trop belle pour que je fasse une randonnée découverte du parcours. Après discussion, on part à 3 avec John et Yannick fin juin pour 4 jours. Cela fait tout de même des étapes de 30 km avec entre 1500 et 2000m+ de dénivelé.

Tout s’est excellemment bien passé entre nous.

Etape 1 : Courmayeur – Col du petit Saint Bernard 32 km / 2338m+ / 1500m-. Arrivée notée à 21h30. Dure la mise en route pour tout le monde. Un bon lit et une bonne bière pour la récup et le lendemain :

Etape 2 : Col du petit Saint Bernard – Refuge Mya 31.6 km / 1961m+ / 1331m-. Le refuge se situe juste après le Cormet de Roselend. Nouvelle arrivée tardive vers 23h30. La montée de Bourg Saint Maurice au Passeur de Pralognan a été mortelle sous la chaleur (c’est quasiment 2000m+). En plus en fin cartographe que je suis, je n’ai pas trouvé le bon chemin, heureusement, John et son portable intégrant GPS et le parcours nous ont sauvé la mise plusieurs fois mais après quelques détours tout de même. Journée rude pour les organismes.

Etape 3 : Refuge de Mya – Refuge de la Roselette. 20.9 km / 1243m+ / 1209m-. Pluie, pluie, pluie. Un présage sans doute. Cette étape devait nous amener jusqu’au refuge de la Roselette, mais elle est très sauvage donc le chemin n’est pas très balisé. A cause du brouillard, on décide de modifier la parcours en passant par le col de la croix du Bonhomme, redescendre au refuge de la Balme et remonter au refuge. Je connais bien ce chemin, une grosse partie correspond à l’UTMB mais à l’envers. Arrivée à 18h30. Les premiers pour une fois. Cool, la matinée avait été rude à cause de la pluie qui m’avait gelé. Heureusement, tout s’est arrêté vers 12-13h. Mes deux compères suivent comme des chefs parce que le parcours est loin d'être aisé. En plus, petite cahute avec séchoir électrique permettant de faire sécher les chaussures.

Etape 4 : Refuge de la Roselette –Chamonix. 30.8 km / 1507m+ / 2461m-. On a joué stratégique, c’est que l’on doit remonter sur Paris le jour même. Du coup, je pars en premier et je fais le parcours prévu. Col du Tricot, dur, dur. Un nouveau présage.

Pour ceux qui veulent faire une randonnée, je conseille une nuit dans cette vallée (au chalet Miage), après le Chalet du truc, au départ des Contamines ou alors des Houches par le col du tricot (soit, dans l’autre sens), je pense que la nuit y est vraiment sereine. C'est juste beau, une sorte de large plateau au cœur d'une vallée.

Yannick et John m’attendent aux Houches (ils sont passés par un chemin un peu moins escarpé). Je ramène tout le monde à Chamonix pour une douche bien méritée puis départ pour Paris.

4 jours riches en émotion et en premières : Glisser sur le sac à dos sur les névés restants dans la descente après le passeur et arriver au refuge à 23h30. On passera sur un appel vers 00h30 d’une compagne inquiète.


Les quelques jours avant la course :

L’arrivée à Chamonix se fait le mardi 28 aout en milieu d’après-midi. La course a lieu le jeudi matin. Cette année, j’ai décidé de ne pas faire de rando d’avant course. L’idée est de me préserver un maximum (surtout le genou droit) et aussi d’utiliser des bâtons pour la première fois en course. Comme j’ai lu quelque part, cela ne sert à rien d’essayer de se préparer à une semaine du départ. Le repos est maintenant le plus important.

Marion et John ont loué un mobile-home. Je suis invité. Trop bien, pas à me casser le dos sur le sol d’une tente et avoir l’humidité de la nuit. En arrivant au camping, je vois un camping-car et regarde à tout hasard si c’est pas celui de mon père. Ben oui !! Quelques soucis avec le camping-car, quelques frayeurs de freins qui chauffent, de jauge d’essence qui descend un peu vite, mais au final rien qui n'empêchera le suivi de mes accompagnateurs. Du coup, ils campent pas loin de nous.

Apéro avant le début des festivités. Je suis à l'eau.

Marion, John, mon père et moi. (Josy est à la photo).

Mercredi : Retrait des dossards, la puce mise au poignet est toujours un moment spécial. Pas trop serrée mais pas trop lâche, l’appréhension de la perdre ou qu’elle garrotte le poignet. Cela signe le départ imminent. Beaucoup de monde, j’observe toujours ça avec incrédulité : le matériel, la certitude des coureurs avant le départ. Moi, je suis toujours un peu anxieux. Un petit stress d’avant course : Bien préparé ? Bon matos ?...

Puis le début des SMS, la météo s’annonce pourrie, pire que l’année dernière et le départ retardé de l’UTMB à 23h30. En gros, il va pleuvoir tout le temps, on va se cailler : prévoir des gants et des couches supplémentaires de vêtements.

Du coup, achat de gants semi imperméables. Je suis plus rassuré. Pendant la reconnaissance, je m’étais gelé les mains lors de l’étape 3. Et les gants Mappa, ben c’est imperméable mais pas respirant. Cela devient vite une cocotte.

 

Derniers préparatifs : Check du sac, vérification du dossard, sac pour les accompagnateurs pour que je puisse me changer.

 

Jeudi, jour de course : Levé à 3h30 (…) , le départ du bus est à 4h45 direction Courmayeur en Italie par le tunnel du Mont Blanc. Je réussis à petit déjeuner. Je m’étais dit que la TDS ce n’était qu’une nuit blanche, en fait, la première nuit d’avant course est réellement courte. Le bus nous dépose (Marion et John ont fait le trajet avec moi) vers 5h45. Il reste 1h15 avant la course. On se réfugie dans un café pour tuer le temps. Moi, je ne prends rien, j’ai pas envie de me détraquer le bide juste avant. Je veux simplement être au chaud.

Et là qui est ce que je vois d’écrit sur un dossard ? Maryse Grossin ? Ce nom ne parlera pas à grand monde mais c’est une coureuse du PUC, le club de François Meunier, le coureur que j’avais rencontré en 2009 sur le Tour des Glaciers de la Vanoise (et oui, il faut suivre les épisodes précédents). Et lors de l’UTMB 2009, Maryse avait pris le départ aussi. Ce qui est drôle, c’est que je ne l’avais jamais rencontrée avant mais que je la connaissais quand même. Bon, là où mon histoire tombe à l’eau c’est que j’ai pas osé l’aborder.

De leur côté, mon père et Josy ont dormi sur Courmayeur, rendez-vous est donné avec mon père à 6h30. Ponctuel comme toujours, il est là, à 6h30. Puis on se rend vers le départ. Catherine Poletti, la co-organisatrice des courses, annonce un temps de chien avec une heure de calme avant une pluie incessante.

La bise à mes trois accompagnants (ce que c’est bien de pouvoir faire la causette même si moi, je ne suis pas trop causant, avant le départ) et je me rends sur la ligne. Enfin assez loin. L’expression est souvent erronée dans mon cas.

 

Le départ est donné à 7h, on réalise une sorte de boucle dans Courmayeur ce qui permet de voir les accompagnants une fois de plus avant la montée vers le col Checrouit et ses 800m+.

La montée se fait tranquille, j’ai le temps d’observer les gens, un qui a ses écouteurs dans les oreilles, déjà son sur-pantalon. Je trouve cela étonnant de prendre de la musique avec soit. Pour la nuit peut-être, mais là c’est le début, l’euphorie devrait être présente, c’est le début d’une aventure de quelques heures tout de même. Le temps joue peut être. Il fait gris, on se caille un peu même si la montée réchauffe et pour le moment il ne pleut pas. Je bois juste un petit coup au col et quelques gâteaux secs. Le terrain est déjà humide, je fais gaffe à ne pas me mouiller les pieds. Je ne me prends pas les pieds dans mes bâtons, ni ne plante les mollets de celui qui me précède…

Puis bifurcation à gauche pour une montée dans un sentier très sauvage (que l’on avait eu beaucoup de mal à trouver lors de notre reconnaissance) qui nous conduit au col de la Youlaz. Et là vous me croirez ou non mais bouchons ! Stop, arrêt. Au début, je double un peu, je l’avoue puis devant les mécontents qui sont dans leur bon droit de râler, je stoppe. En fait, on est nombreux et il y a un goulet d’étranglement plus haut, ce qui fait que ça bouchonne. Au global, je dois bien perdre une demi-heure là-dedans. La pluie commence à tomber. J’en profite pour mettre mes gants, ma veste imperméable et manger une seconde (déjà !) barre de céréales. A la différence de l’UTMB, les ravitos sont énormément espacés (de plus de 15 km avec pas mal de dénivelé) il est important d’avoir prévu suffisamment à manger.

Pour vous dire, y'a deux mecs qui ont failli en venir aux poings parce que l'un doublant, l'autre râle, l'un dit que si il a des jambes il n'a qu'à le suivre, l'autre le traite de rigolo et l'un descend aussi sec savoir si il peut répéter cela en face. Ahhh, le bon esprit de la montagne Complice .

Puis, le Col de la Youlaz nous voilà !!! 11,4 km et 1500m+ Il reste 10 km pour la Thuile. J’y serai 1h17 plus tard avec 1250m- dans les pattes. Dans cette grande descente, il faut faire gaffe car il n’y a pas vraiment de sentier, on descend à flanc de colline et à mon avis il y a moyen de se faire une entorse rapidement. J’essaie de faire des lacets comme au ski. Vu les conditions, ça marche pas trop mal. Je suis du monde, deux gars pour être précis, le premier glisse et se ramasse. Rien de grave. Le mec juste devant moi idem. Il se relève et me dit : « ça m’apprendra, j’avais rigolé quand je l’ai vu tomber ». Je fais gaffe.

Puis encore un qui, cette fois-ci, glisse sur 10 m. Il ne s’arrête pas. Puis un autre, là j’ai eu peur car j’ai vu une pierre vraiment pas loin. Mais rien à signaler. Puis, la Thuille. Au ravito, il fait vraiment trop chaud. Je vois mes 4 accompagnants. Je leur dis qu’il fait un temps de cochon, que c’est gamelle sur gamelle.

La Thuile, il est 11h30 et il pleut. Le moral reste bon.

Puis direction le col du Petit Saint Bernard.

Rien de particulier 8.7 km pour environ 800m+. Il pleut, y’a du vent, faut pas s’arrêter. Le final est assez bucolique, on passe à côté du lac Verney puis montée sèche dans les buissons pour arriver à ce ravito en plein vent avec trois gâteaux et un peu de boisson. Mauvaises sensations. Les ravitos c’est souvent un moment sympa, là pas du tout. Ce foutu vent glacial gâche tout. Mais accompagnants sont là. J’avais utilisé le fichier excel de l’organisation, passage prévu à 13h36, je passe à 13h28 sans jamais regarder ma montre. Cool. Au moins, ils n’attendent pas trop sous le froid et la pluie. Finalement, les 4 suivent en camping-car, c’est plus sympa pour eux.


L'avantage du trail, c'est que l'on a le temps de poser.

Le ravitaillement n'est pas des plus accueillants. Le temps sans doute.

C'est la fin des photos, jusqu'aux Houches.

Moi, je me rends à Bourg Saint Maurice, eux, repas chaud avant Bourg Saint Maurice. Dans la descente, je tente de suivre une dame qui va bien, je me dis que c’est l’occasion, donc je la suis comme je peux, petit challenge qui me motive à courir et à être dans l’allure. Ici, Bourg Saint Maurice : 44,1km, 2380 m+, 2780m-, il est 15h20, heure prévue 15h40. Du coup, ils ne sont pas là, ils me diront qu’ils ont été pris dans les bouchons !!! Tu parles, ils s’en sont mis plein le bide et sont complètement ronds sans avoir pu faire la sieste !!! J’en profite pour envoyer des SMS, c’est que cette session a été grandiose. Au final plus de 110 SMS en 28h. Incroyable ! J’ai reçu des messages à 1h, 2h et 4h du matin. Vous êtes simplement hallucinants. Du coup, cela me booste à fond. Je me dis que c’est aussi pour vous que je fais cette course dans la montagne. Petit moment de partage à travers un écran de PC. Venez faire des randos. La montagne est si belle !!

Puis, la montée tant redoutée vers le passeur de pralognan, quasi 2000m+. Cela ne fait que monter. Le prochain ravitaillement est au Cormet de Roselend dans 16,5 km, 2000m+ et 800m-. Je vais mettre 5h17 pour faire ce trajet. Pour la petite histoire, dans la montée, il y a 2 passages obligés : Fort de la Platte et Col de la Forclaz. C’est à ce col qu’il y a un élevage de chèvres. Je suis tellement cuit que je m’arrête, il y a une fontaine, je bois deux grands verres d’eau fraîche, plus d’un demi litre. L’effet est rapide, je pense que je me suis déshydraté. Avec ce temps, car oui il pleut de nouveau, je n’ai pas envie de boire même si je me force.

La deuxième petite histoire est que dans la montée, j’entends un gars discuter avec un autre lui disant qu’à l’UTMB, c’est plus facile, car il y a 2 endroits où l’on peut se changer complètement. Je lui dis qu’il n’y en a plus qu’un car celui de Champex a été supprimé. Et qu’au final l’UTMB c’est 50 km de plus et 2500m+ en supplément. Quand on est complètement cuit cela joue. Il dit qu’une fois au Cormet la course est terminée, il restera alors 50 km et plus que 2700m+. Je réponds pas. Car après le Cormet, c’est la nuit et quand un pas est dur mentalement et que l’on se demande ce que l’on fait là. Ben 50km c’est l’Everest et encore, en tongs.

L’arrivée au Cormet de Roselend est « comique ». La nuit est quasi tombée, il est 20h37. Horaire prévue 20h36. C’est la dernière fois où je serai dans les temps. Et comme avant, je n’ai jamais regardé ma montre. De toute façon, je ne peux pas plus. Je suis dans ma course, je vais au mieux de ce que je peux en tentant d'en garder sous le pied. La tente est pleine comme un œuf car il fait encore un temps de chiotte. J’en vois un qui tremble tout seul comme une feuille tellement il est gelé. Il y aura énormément d’abandons ici. J’ai eu la chance de faire la descente du passeur de jour, mais de nuit, fatigué et avec la boue. La misère pour ceux qui suivent. Quelque part, je suis content de mon sort. Mes mains sont trempés, camelote ces gants imperméables ! Mon père est là, un seul accompagnant par coureur. Sinon, la tente explose. Je change de T-Shirt, mets une seconde couche et essore mes chaussettes. J'’en ai bien une seconde mais celle-là sont terribles, pas d’ampoules pas de frottement, la Rolls. Mon père lui s’occupe d’essorer mes gants. Je mets une première couche de gants puis à nouveau ceux-là. Je repars vite fait (peut-être pas assez mangé), un petit coucou aux trois autres accompagnants valeureux malgré le froid et la pluie. Je suis au sec mais je claque des dents. Du coup, je me force à trottiner. La veste fermée, la température monte doucement à l’intérieur et devient agréable. La clim en quelque sorte.

Je vous remets le parcours pour suivre... C'est que c'est long à lire...

Prochain ravitaillement dans 19 km (différent de l’UTMB je vous dis), 1300m+ et 1200m-.

Arrivée prévue à 1h37, au final 2h24. 6h pour 19 bornes. Mais la nuit est là et c’est le parcours que l’on n’avait pas fait lors de la reconnaissance. Et dès le début ça s’annonce galère. Les premiers mètres vers le col de la Sauce sont un vrai marécage, pas moyen de garder les pieds au sec, c’est très désagréable. Mais comme tout, on s’y habitue, mais cela me met de mauvais poil. Puis arrive la descente et là c’est à nouveau comique. Déjà de la boue comme pas possible des grosses mottes de terre gluante. Sur un appui, mon pied s’enfonce jusqu’à la cheville, j’ai failli perdre ma godasse en pleine nuit et sous la flotte. Heureusement, non. La descente continue, avec des bâtons qui me sauvent la mise plusieurs fois. Un mec, juste devant moi se vautre, sauf que c’est sur mon bâton. J’avais lu quelque part, qu’il ne faut pas mettre les dragonnes, car si l’on tombe on peut se péter le poignet. Là, j’ai lâché le bâton avant qu’il ne me le casse. Je suis sous une bonne étoile. Puis, la descente continue toujours en mode glisse. J’entends un mec brailler comme c’est pas permis, mais vraiment fort, genre il s’est s’est cassé un truc. Sauf qu’il arrête de temps en temps. Une sorte d’alarme de voiture qui reprend toutes les 10 minutes. Je le rattrape, il s’agit d’un Suisse, il n’a plus qu’un seul bâton ayant cassé l’autre sur une chute précédente. Il me dit (en français, car il braille en allemand, je pense), qu’avec un seul bâton c’est pas possible et qu’il faudrait arrêter la course. C’est sûr que les conditions sont particulièrement difficiles mais à mon avis pas dangereuses. Juste très éprouvantes.

L’arrivée au col du Joly est interminable en effet, une fois descendu, évidemment on remonte pour longer un flanc de colline pour faire un lacet et reprendre le flanc d’en face. Une sorte de grand virage qui me fait pas trop marrer. Ne connaissant pas le parcours, je ne sais pas où je vais ni pour combien de temps. Usant mentalement.

Puis le col est là. Marion et John sont là, il est 2h30. J’en ai un peu marre. Mais de faire la causette avec eux et de me rendre compte qu’il ne reste « que » 30 km me remonte un peu le moral. Une soupe chaude, des gâteaux et je ne m’attarde pas trop longtemps.

Le prochain ravitaillement est dans 9 km : Les Contamines. On en sera à 88,5 km, 5560m+ 5610m-. Je vais mettre 2h26, j’arrive il est 5h00 du matin, au lieu de 3h26. La nuit fut difficile. Petite anecdote, dans ce parcours rien de difficile, cela descend, mais comme j’avais mis mon sur-pantalon, je commence à trop monter en température. Je suis au niveau de Notre dame de la Gorge, cela va être tout plat jusqu’aux Contamines. Du coup, je décide d’ôter. le sur-pantalon et la veste imperméable. Je me déchausse pensant que mon sur sur-pantalon n’a pas de fermeture éclair. En fait je réaliserai plus tard qu’il y avait trop de boue pour qu’elle fonctionne. La fatigue n’a pas aidé à la compréhension. En plus de cela je commence à avoir de la buée sur mes lunettes. De la buée ? En effet, j’ai tellement chaud que je « fume » et que comme je ne bouge plus, ben avec la frontale cela fait comme un brouillard autour de moi. Je suis plutôt surpris. Puis, je repars, plus grand-chose n’est étonnant au final à partir d’un moment.

Aux Contamines, je me pensais arrivé, plus que 25 km, la montée vers le chalet du Truc et le col du Tricot. Erreur de se croire arrivé trop tôt. Ça flingue le moral.

Il est 5 heures, Marion, John et mon père sont là.

Je regarde mon téléphone. J’ai reçu un message à 4h27. Ils sont complètement dingues. Marrant ce monde parallèle.

Je change de chaussettes. En les enlevant, je m’aperçois qu’il y a des sortes de crevasses sous mes pieds, en fait c’est qu’à force d’être trempés, mes pieds se sont crevassés et que la terre s’est mise là. L’appui en devient douloureux. Je frotte un peu mais rien d’extraordinaire sur l’efficacité. Je remets des chaussettes moins performantes mais sèches. Cela devrait faire l’affaire.

Je repars donc sachant ce qui m’attend. Au Col du Tricot, j’en serai 95.6 km. La fin des montées ou quasi. C’est ce qui va me faire tenir, car après la montée du chalet du Truc qui se fait sans grosse fatigue majeure, c’est la descente vers le refuge de Miage puis les 600 m+ vers ce fameux col du Tricot. Un nom à la con qui m’a fait sourire.

La montée vers le col du Tricot est caractéristique de la fatigue, lorsque l’on se fait submerger par le sommeil. Dormir, à tout prix, n’importe où. Fermer les yeux et marcher puis se dire que c’est tout de même dangereux, les ouvrir, puis les fermer parce que c’est tellement bon. Et le cycle recommence. Je suis tellement épuisé, qu’à un moment, je m’arrête, me penche sur mes bâtons et tente de dormir debout. Comme un cheval. Mais n’est pas cheval qui veut, du coup je tangue, manque de tomber et repars. J’attends le soleil. Il arrive enfin mais même la lumière du jour ne m’aide pas assez pour être totalement réveillé. Cette montée est infernale. Tous ceux qui m’entourent sont dans le dur. Je retrouve Erika (LINDLAND) et son acolyte John (CATTS), on s’est croisé et recroisé durant toute la course. Ils avaient l’air en balade. Mais là, lui est à la rue. Et le sommet, enfin, après 2h39 d’effort. Le contrôleur me remet ma veste quand il voit ma tête et m’encourage. Sympa, très sympa.

La descente est pourrie, un single track mais sans la forêt et raviné par la pluie, du coup cela ressemble plus à un défilé de mode avec les pieds que l’on doit mettre sur la même ligne. Très casse gueule, même sans talon. Et voilà l’arrivée de la grêle puis la neige. C’est ça qui va finir de me réveiller. Cela me fait sourire. Je me la prends sur la tête et me dis qu’il ne manque plus grand-chose avec les éléments. Et à force de descendre, elle se transforme en pluie glaciale. Je suis cuit, vraiment. Même si je suis réveillé.

J’arrive au passage de la passerelle au-dessus du torrent. J’aime pas trop. Puis, nouvelle petite montée. Il pleut depuis tellement longtemps que l’eau crée un mini torrent sur les rochers. Mais on est plus à ça prêt, les mains, les pieds, tout est trempé.

J’arrive tant bien que mal jusqu’à Bellevue après 1h20, il est 8h58, horaire prévue 7h01. Je suis tellement vidé que pour la (encore une !) petite histoire, il faut savoir que le tramway du Mont-Blanc passe là. Au moment, où j’arrive y’a le tramway qui arrive. Moi, je me suis arrêté à la station. Des touristes montent dedans. Moi, je sors une barre de céréale mais salée celle-ci. De toute façon, je ne suis plus capable de rien. Je me force à boire puis repars au bout de 5 longues minutes. La descente vers les Houches commence. Il y a 2 bonnes nouvelles : La barre fait son effet et je me sens requinqué, j’étais en hypoglycémie sans doute, et la descente se fait en sous-bois et non sur la route goudronnée.

Les Houches me voilà ! 50’ de descente pour 5 km. OK, je suis pas une fusée mais là ça commence à sentir très bon : 104 km. Là, je peux me dire que j’y suis. Même avec une jambe pétée, j’arrive. Reste 8 km.

Mes 4 compagnons de route sont là, fidèles au rendez-vous sans avoir dormi. Ils ont pris en compte la dérive de fin de course. Il est 9h49 pour 7h46. Bon au moins il fait jour.


Les Houches. La nuit a été longue mais la fin n'est plus loin.

Je grignote un peu et je repars. C’est que je dois me faire beau pour l’arrivée.

Les 8 km sont un peu longs, parce que je tente de courir et que cela ne répond pas terrible. Mon objectif est d’arriver seul, personne trop près de moi. Je veux que ce soit MON arrivée, mes applaudissements. Mon moment quoi. Le truc à moi. Le héros du jour.

A 1 km de l’arrivée, on passe sur une balise, puis, c’est l’entrée dans la rue principale, il est 11h du matin, il pleut certes, mais un peu de monde, des bravos, des applaudissements, courir certes pour montrer qu’on peut encore le faire mais surtout en profiter. C’est que j’en ai tout de même bavé.

Je suis pris en photo par un Japonais. Ça me fait sourire. Il est digne de sa réputation. Et le dernier virage à gauche et l'arche d'arrivée . J’y suis !! Je sers la main du mec au micro. Je l’ai fait. Marion, John, Josy et mon père sont là. J’ai pensé un instant qu’on allait se rater car je ne les voyais pas.


Et l'arrivée !!

Avec mon père et la veste finisher dans les bras.

Mes accompagnants (John à la photo).

Alors les dernières anecdotes. Je suis tombé une fois. En montée, en dévers, mon pied d’appui a glissé et moi aussi. Les bâtons m’ont sauvé la mise plusieurs fois, par contre je pense qu’ils me font mal au dos. Je sais pas trop pourquoi.


Que ceux qui ne croient pas en la pluie

et la boue regardent mes chaussures...

Jusqu'au bout j'ai été soutenu !!

Jusqu'au restaurant du soir d'après course !!

Apéro bien mérité. Le sommeil manque encore :)



Au restaurant, avec la veste finisher, une fondue ou une tartiflette et une bouteille de blanc. Rah!!! La belle vie au chaud, au sec et avec ma team.

 

On dit souvent que c’est le mental qui fait la différence. Par exemple, le mec qui a dit « Au passeur de Pralognan, on est arrivé », je mets ma main au feu qu’il n’est pas arrivé. Se croire arriver avant l’heure.

Je pense qu’aux Contamines, la course n’est pas loin d’être terminée mais il reste 2 grosses montées. Pour l’UTMB, je dirais que c’est Champex le juge de paix, c’est le point de départ de la course, ou de l’autre course comme on veut. C’est là où le mental fait la différence et où le physique ne doit pas trop être entamé.

Une dernière question : Pourquoi on est là ?

Moi je dirai, pour me prouver que je suis capable. Pour être fier de moi en toute humilité. Pour arriver. Pour le plaisir des autres. Pour ceux qui vivent l’aventure avec moi. Pour montrer que rien n’est insurmontable (Par exemple, se dire que l’on a mis 4 jours à faire cette course en reconnaissance et là j’ai mis 28h). Un pied devant l’autre sans trop de questions. Pour montrer que tout est relatif. Y’a toujours plus, toujours moins.

Moi, mon graal c’est l’UTMB, faire le tour du massif du Mont Blanc d’une traite.

Maintenant j’ai la veste finisher TDS. Il me manque un point pour l’inscription à l’UTMB 2013.

 

Je finirai par un « Fier de mon cousin ». Merci de votre soutien à tous.

Et moi aussi, je suis « Fier de mon cousin ».

Bises. Jean.