roadtrip

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Ah… Cette course… C’est étonnant tous les sentiments qui se mélangent quand on s’y attaque. Entre l’arrogance et l’inconscience de la première fois, l’inexpérience de la seconde, le manque de leçons tirées du premier abandon et la sérénité du troisième départ.

Quand je dis inconscience c’est le manque de connaissance de ce à quoi on s’attaque quand on prend le départ de cette course. C’est se dire que le but est de faire le tour du massif du mont Blanc. Que c’est 46h30 au maximum. Que c’est deux nuits sans dormir. Que c’est 10000 m+. C’est simplement lire les chiffres.

C’est ne pas se rendre compte que c’est 170 km en montagne sans dormir ou si peu, en prenant une échelle qui fait 10000 m de haut.

Alors, j’en rajoute un peu, pour ce qui est de l’échelle même si en cumulé c’est bien cela. Parce que tout de même ça monte, oui, mais pas tout le temps.

Quand je dis sérénité, c’est que les deux éditions précédentes m’ont permis de prendre en compte des paramètres dont je n’avais même pas idée : L’avant course, la préparation de la course, la gestion de la course et se rendre compte que ce n’est qu’une course au final. Et c’est prendre la mesure du défi que l’on se lance et le préparer.

Alors cette course ?! Petit rappel du parcours Cool.


Détail du parcours de l'UTMB 2015.

Je vais devoir vous parler de la gestion de l’avant course justement.

La course a lieu le vendredi 28 Août, pour un départ à 18h.

J’avais loué un chalet à Servoz, petit village au sud de Chamonix, à une dizaine de kilomètres.

Un beau chalet, si, si, regardez. Bon, on a que le rez de chaussée.


Massif du Mont Blanc.

C’est que l’on est du monde pour cette session (et dernière tentative de l’UTMB) :

Mon père, Josette, Fabienne, Didier, Anaëlle, John et… Violette !

  • Mon père et Josy ont été de toutes les courses autour du mont Blanc : CCC (2008), TDS (2012) et UTMB (2009, 2011, 2015)
  • Pour Violette, c’est sa première.
  • Fabienne, Didier et Anaëlle étaient là en 2009.
  • Et John, à partir de 2011.

 

Un sacré team autour de moi, qui va assurer durant toute la course pour se répartir sur tout le parcours.

Alors, avec Violette, on arrive le mercredi. On retrouve le team des Aixois ainsi que les Auxerrois en camping-car.

John arrivera lui, le jeudi.

 

Il fait grand beau à Chamonix, et l’organisation envoie même un SMS pour nous dire qu’il y a des risques de grosses chaleurs. Pas de pluie cette année sur l’UTMB. Tant mieux, la pluie c’est usant.

Je récupère mon dossard le jeudi et je fais une revue complète de mon sac. Mais surtout du sac que l’on peut avoir à Courmayeur. J’y arriverai normalement vers 10h. Il prévoit du chaud donc :

Cuissard court, T-Shirt manche courte, chaussettes de rechange mais aussi poudre énergétique pour l’hydratation, un quart de gâteau énergétique, crème solaire, lunette de soleil et sérum physiologique pour m’hydrater les yeux. Avec cette chaleur, j’ai les yeux qui me brûlent (ils sèchent à cause de la poussière). J’ai trouvé cela pour ne pas en souffrir.

Je prépare le vendredi matin mon fameux gâteau énergétique (je suis scrupuleusement la recette donnée par Nicolas Aubineau), j’en mangerai un quart 3 heures avant la course, un autre quart à Courmayeur et les deux autres durant la course.

Et je suis également les conseils pour les derniers repas d’avant course ainsi que ceux pour le petit déjeuner. Conseils dudit Nicolas.

On a également fait un debrief avec le team pour savoir qui sera où et comment chacun s’y rendra. L’organisation pour les accompagnateurs est au top avec des cars qui amènent quasi partout avec l’heure du début des rotations ainsi que intervalles de temps entre chaque car.

Une organisation de fou cet UTMB.

Je dis aussi à chacun ce qu’il me donnera sur place (poudre énergétique, reprise des lunettes de soleil…).

 


Apéro d'avant course.



Et repas en plein air.

 

Ce sera Didier en charge des filles. Violette sait que je vais faire une course mais ne réalise pas bien que l’on ne va pas se voir pendant deux jours. Mais elle est avec sa cousine et sous la houlette de Didier. Je suis rassuré.

Enfin, j’ai pris une assurance au cas où il faille faire des recherches en montagne. Tout est calé.

De mon côté, j’ai prévu de faire une sieste le jeudi et le vendredi. Repos avant l’effort.

On est paré : La nutrition (j’ai mis ma montre à sonner tous les 1,7 km pour que cela devienne un signal pour m’obliger à boire), le matériel (j’ai aussi avec moi le détail du parcours), le repos, répartition des tâches pour chacun (temps de passage prévisionnel au point de rendez-vous), préparation pendant les 8 derniers mois au mieux de ce que j’ai pu, pas de bobos en particulier (évidemment, les petites douleurs se réveillent avant la course, ce fameux genou droit), Violette est entre de bonnes mains.

 

Y’a plus qu’à.


J'irais moins vite que lui...



Toute l'équipe.

Ready...



Le plein d'énergie.

 

On part avec John vers 16h30, la pression monte doucement. On va donner le sac. Cette vue des 2000 sacs alignés… Et on se dit que cela va partir en Italie et que quand j’arriverai, on me le donnera dans les 20’’ suivant mon arrivée. Dingue je vous dis.

 

On se dirige vers le départ.

Un aigle survole les participants… (il est prévu au spectacle)

Les dernières consignes de course.

Un monde !!! Je suis un peu moins impressionné par tout le matériel que chacun peut porter. Mais tout de même, beaucoup ont une caméra type Go pro. Des Espagnols, des Italiens, des Japonais… Il y a une euphorie ambiante aidée par la chaleur qui règne sur la place du triangle de l’amitié.

Puis, le speaker nous demande si on est là… Puis une deuxième fois…

 

Et là, les frissons montent, ils nous mettent à fond Vangelis, Conquest of Paradise. Un air qui reste en tête longtemps. Ca crie de plus belle, le compte à rebours, 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1. C’est parti !!!! Les watts sont à fond.

Je vais mettre plus de trois minutes à franchir la ligne !!! Et là, une foule de dingue, sous ce soleil radieux, tout Chamonix est dehors. Je vais marcher pendant les 400 premiers mètres. Un bain de foule.

Tout le monde a l’air de bonne humeur. Je n’ai jamais vu autant de monde pour une course.

 

Je vois même un sumo !! Si, si ce n’est pas une hallucination. Ce sera pour plus tard… Un japonais s’est déguisé. Et il fait la course, il a bien un numéro de dossard.

J’ai décidé de partir vraiment tout doux. J’ai en tête : « Pour le début de course, si tu veux courir, trottine, si tu veux trottiner, marche, si tu veux marcher, ben marche… ».

Pour moi, la course ne commence qu’à Champex, après 122 km de course et 7200m+

Ma première rencontre avec mes accompagnateurs est prévue au camping des marmottes (ça ne s’invente pas) après 4 km de course.

Je suis dans le dernier paquet, j’ai cru un moment que je les avais ratés mais non, je vois enfin Violette, Anaëlle, Fabienne et Didier.

Un bisou énergie plus tard et je repars. Allez papa vas-y !

 

 

Les sensations sont moyennes. Je tente de gérer les émotions, la vitesse de course. Je fais ce que je peux. Je suis un mec.

Il fait chaud, je suis content d’être parti en corsaire et en manche courte. Ma montre marche bien et vibre comme prévu. Bien boire.

On arrive aux Houches, un monde de fou. Je ne m’arrête pas pour boire. Tout est au mieux. M’attend la montée du Délevret (je passe 2187ème pour 2563 partants) avant la redescente (assez casse pattes) vers St Gervais.

J’y vais tranquille.

Dans cette descente, je m’arrête pour mettre ma frontale, je ne l’avais pas essayée avant si ce n’est changer les piles et elle ne tient pas très bien, les lanières sont un peu emmêlées. Arrivé à Saint Gervais, je bois juste de l’eau, mais ne remplis pas mon camelbak. Je n’ai pas très faim, sans doute le départ.

Puis la montée vers les Contamines, on longe la rivière ce qui donne de la fraicheur. Pas de souci particulier. La petite douleur au genou a disparu. Le ventre n’est toujours pas au top.

Je mange la moitié d’une barre énergétique et comme toujours ma montre me rappelle à l’ordre.

C’est le rendez-vous avec John. Un poil inquiet par rapport à la barrière horaire. Je n’ai pas beaucoup d’avance. Une 20aine de minute. Je ne m’attarde pas trop. Je mets mon T-Shirt manche longue et lui donne le manche courte.

 

Et c’est reparti pour Notre Dame de la Gorge. C’est juste un passage obligé, pas un ravitaillement. Je revois John qui a pris la navette. Il repartira ensuite directement pour Chamonix. Je ne le revois plus avant La Fouly. Il est au top.


Notre Dame de la Gorge by night

Premier problème, dans la montée pour la Balme, plus d’eau… Aïe, il va falloir gérer l’heure avant d’arriver. Plus de peur que de mal. Une bonne leçon. Au ravitaillement, je remplis tout ça. Je finis ma barre. Je mange quelques quartiers d’orange et je repars. Direction la Croix du Bonhomme.

Je connais bien toute cette partie. Je l’ai faite deux fois pour l’UTMB, une fois en reconnaissance seul, une fois dans l’autre sens avec John et Yannick pour la reconnaissance de la TDS. Je sais que c’est long, mais il fait bon, la lune est pleine. Le moral est bon.

Je me fais biper, je suis 1526ème. Faut pas s’énerver, la course est longue, le classement m’importe peu, les places se gagnent naturellement.

Et c’est parti pour la descente vers les Chapieux. Dans mes souvenirs, elle était mauvaise, mais là, c’est un single plutôt sympa et pas cassant. Je ne comprends pas trop le changement.

J’arrive aux Chapieux à 3h23, cela fait 9h23 de course, j’ai fait 49 km. Papa et Josy sont là. Je le savais mais j’hallucine quand même. 3h23 et ils sont présents et en pleine forme. Cela fait plaisir.

Je vais manger un peu et je repars sous leurs encouragements. Il fait toujours bon.

J’ai décidé de faire la longue montée vers la ville des Glaciers avec un compère. Au final, on sera deux. Parler ça passe le temps. On est en plein milieu de la nuit. J’ai des petits baillements. Ça m’étonne car je pensais être très reposé.

On attaque ensuite la montée du Col de la Seigne, dans mes souvenirs de 2011, cette montée était longue et difficile, mais à cette date, il pleuvait et sur le haut on avait même eu droit à de la grêle. Finalement, j’arrive au col vers 6h du matin et je vois des lumières de frontales sur ma gauche. Ce sera la nouveauté de cette année, à savoir le col des Pyramides Calcaires. Ça monte encore et le chemin est un pierrier. Je me dis que la descente sera la bienvenue pour rejoindre le lac Combal. Mais le chemin est du même acabit à savoir des pierres, des pierres et encore des pierres. Bien cassant.

Mais enfin, voilà l’arrivée vers le lac Combal. J’ai perdu mes deux compères. Je n’ai pas encore de grandes sensations. C’est à ce moment que je me rends compte que mon corsaire est trop serré. Voilà peut-être l’explication de mes maux de ventre.

Je repars après avoir rempli mon camelbak (je ne me ferai pas reprendre par un défaut d’eau). Il est environ 7h30 et je trottine le long de ce lac, il est vraiment magnifique. On a en plus le droit à une vue magnifique sur le massif du Mont Blanc mais côté Italien. Doucement, doucement mais ça avance. Il y a une montée sèche vers l’arête du mont Favre et c’est ensuite une longue descente douce vers le Col Chécrouit. Je ne m’arrête pas à ce ravito, Courmayeur est à 4 km. Descente difficile. On se suit et j’assure pour ne pas trop « taper dedans ».

Et enfin la vision de Courmayeur et sa piste de ski pour enfants. C’est parti pour un peu de goudron et la perspective de mes accompagnateurs.

Mon père, Josy et Fabienne sont là. Tout le monde est content de se voir. Mon sac coureur est là. Incroyable qu’il me soit donné si vite avec tous ces sacs.

Je me change, mets de la crème solaire, du sérum phy dans les yeux grâce à Fabienne qui va aussi remplir ma poche à eau. Je mange des pates sans fromage mais avec de la bonne viande.

Je mets mes lunettes de soleil et c’est reparti après un stop d’une demi-heure. Il fait chaud. Très chaud.

Arrivée et Départ.

Dans la traversée de Courmayeur, je sais qu’il y a des fontaines, j’en profite pour mouiller ma casquette. Après encore un peu de bitume, la montée vers le refuge Bertone est un véritable four. Il doit bien y avoir 800 m de dénivelé. Je suis bien content d’arrivée et je vais m’assoir quelques minutes pour bien m’hydrater. Je ne m’attarde pas trop. Il est un peu plus de midi et c’est reparti pour une partie beaucoup plus roulante vers le refuge Bonatti. 7 km. Je décide de ne pas courir (trottiner ? ;)) Puis il arrive un moment où je ne marche plus très droit. La fatigue me gagne, sans doute l’après repas. Bientôt 20h de course. Et… Un arbuste m’appelle avec son ombre accueillante. Je décide de m’allonger et de dormir. Ce sera ma première des deux pauses. Après 10’, je me réveille naturellement et surtout, je trouve, bien reposé.

Je suis bien content d’avoir fait cet arrêt. Je bois, toujours.

Au refuge Bonatti, une petite soupe m’attend. Je m’assois pour la prendre, discute avec un gars en lui disant qu’avec nos chaussures (on a tous les deux des Brooks) on ne peut qu’arriver. Bon, je fais ce que je peux niveau discussion.

Un gars arrive et annonce qu’il veut abandonner. Je l’avais suivi un bon bout de temps, en me disant que son tempo tranquille m’allait bien pour m’économiser. Il était cuit en fait.

Bien boire et se mouiller la casquette.

Avant de repartir, je vois un autre gars qui s’approche d’un grand tonneau en plastique que l’organisation avait rempli d’eau pour se rafraichir, et il plonge littéralement et complètement la tête dedans. Marrant à voir.

Et c’est reparti direction Arnuva. Pas de douleurs aux genoux, l’état de fraicheur est plutôt bon. Je mange mon gâteau fait maison qui m’a foi est bon aussi.

Et à Arnuva, dans une descente que je décide de faire tranquillement en appuyant tout ce que je peux sur mes bâtons, je vois Fabienne, hyper enjouée à ma vue. Elle me donne un bonus d’énergie non négligeable.

Arnuva et son paysage.

Au ravitaillement, elle se glisse dans la tente. Je mange toujours quelques quartiers d’orange, du fromage et un peu de pain. Je prends de l’eau. On discute avec une connaissance de Fabienne qui fait aussi la course avec moi. Il fait la couse seul sans accompagnateur. Je crois qu’il a fait et fini l’UTMB 4 fois…

Et c’est reparti après un au revoir à Fabienne. Je ne la reverrai qu’à Trient. Si tout va bien. Soit dans 44 km. En heures, une dizaine. Ce sera 11 plus exactement. Le TGV ne passe pas à travers les montagnes…

Là, on attaque un gros morceau, le Grand col Ferret. 5 km pour 800m+. Il me faudra 1h40 pour en arriver à bout.

Je profite de ruisseaux et autres cours d’eau pour tremper ma casquette. Je bois aussi souvent que je peux. Je ne suis pas écœuré par ma boisson énergétique. C’est la bonne nouvelle.

Il reste 9 km pour le prochain ravitaillement à La Fouly. J’avais souvenir que j’avais trouvé en 2011 cette partie interminable. C’est bon de savoir ce qui m’attend. Je suis moins jeune chien fou.

Je reste patient, trottine quand je le sens bien. On est accompagné d’une vache jusqu’à La Peule, soit pendant 3 km. Je ne fais pas trop le mariole car c’est gros ces machins là. A La Peule, ils nous ont mis un petit stand d’eau ainsi qu’un brumisateur maison. C’est bien appréciable. Ma montre m’a lâché après 18h de course. La batterie n’est pas suffisante.

Je sais que si je passe cet après-midi sans trop de casse (soleil, fatigue en tout genre), je devrais arriver à Champex en « bonnes conditions ».

 

Et voilà la Fouly, cette descente est bien digne de ma mémoire, assez interminable. Mais que c’est chouette de retrouver mon père et John. Ils sont comme larrons en foire. Hyper en forme.

 

La Fouly

Je mange un peu, m’hydrate bien, discute un peu. Ils m’accompagnent un petit bout de chemin en direction de leur bus.

J’en suis à 24h de course pour 108 km.

Il est évidemment arrivé tout un tas d’aventures à John pour pouvoir recharger sa montre (qu’il me donnera ici). Il a un don pour discuter avec les gens. Et même les gentes. Si, si Marion, avec les gentes… Je lui laisse le soin de te raconter.

Il reste 14 km pour Champex. A Praz de Fort, en 2008, j’avais trouvé des framboises. J’en avais pris quelques-unes. Je suis resté prudent, il aurait été dommage que je me fasse prendre. Les Suisses ne plaisantent pas. D’ailleurs, c’est vraiment chouette ce petit village.

De toutes façons, cette année pas de framboises.

Je repasse par la canalisation d’eau enterrée. C’est un chemin bien large et je me souviens qu’en 2011, je marchais avec deux personnes dont une racontait l’histoire des crétins des Alpes : l’eau n’avait pas assez de minéraux ce qui entrainer un déficit de développement cérébral… L’UTMB mène à tout.

Je commence à discuter avec un gars et une nana qui ont l’air en pleine forme. Un peu trop à mon goût car je ne veux pas trop puiser dans mes réserves. Je reste avec Nicolas (le gars, Marchan de son nom). On se recroisera à Trient soit 17 km plus tard. En partant en décalé de Champex.

On fait la montée ensemble jusque Champex. Il est aussi suivi par son team : parents et sa femme. Il a fait la TDS l’année dernière pour son premier fils. Et cette année c’est l’UTMB pour son second enfant. Il a également fait la CCC quelques années auparavant. Il aura, s'il arrive (je ménage le suspens), réalisé le triptyque des courses de l’UTMB.

Et pendant ce temps là à Vallorcine, l'équipe des filles, supervisée par Didier...


Nam, nam...


et RUSIN Kirill 35ème, l'ours de Sibérie

Ainsi voici donc Champex, 122 km, 27h de courses. Il est 21H10. C’est une base de vie en quelques sortes.

 


La fatigue aussi du photographe.

 

La « nouveauté » pour cette année c’est que chaque coureur a le droit à un accompagnant par zone d’assistance. Un petit carton à montrer à l’entrée. Mon père est là. Suivi de John. Larrons en foire je vous dis.

Comme ils sont malins, ils se redonnent le carton et voilà mes deux accompagnateurs présents. Je mange un peu. Bois toujours. Je suis entamé mais n’ai pas du tout l’intention d’abandonner.

Il y a 4 ans j’avais abandonné après être reparti de Champex en boitant bas. Un camion m’avait ramené après je ne sais combien d’heures de marche. La course avait été rallongée pour aller à Martini. Le temps était tellement mauvais que l’on ne pouvait aller à La Giète, la montée pour Bovine était devenue impraticable.

Je décide d’aller me reposer un quart d’heure. Ce sera ma deuxième et dernière pause de cet UTMB. Il est prévu un dortoir. Je trouve une place mais ne suis pas à l’aise pour dormir. Au moins je suis en position allongée.

Je me lève au bout d’un quart d’heure. Il y a quelques zombis qui errent de ci de là. La course fait son travail.

A Champex, l’organisation est vraiment d’enfer. Les tentes d’accueil des coureurs sont spacieuses, pas bondées. Il y a des douches et des toilettes pour qui veut. Des kinés. Des podologues. Une organisation au top je vous dis.

Alors, devinez quoi ? Je repars. J’ai un poil froid, il est 22h. Je me dis qu’il ne reste que trois montées. Bon 2700m+. On peut se dire que ça se termine. Moi, je pense que c’est là que ça commence. Faut en avoir sous le pied. Il me restera 12h de course tout de même.

Trient est à 17 km. C’est le prochain ravitaillement. Je vais mettre 4h30 pour rallier ce point.

Après quelques kilomètres de chemin vraiment roulant la montée vers Bovine. Et là, pas de chemin, on est dans de gros rochers, certes bien érodés par la pluie mais pas de chemin. Vraiment une montée difficile. Je comprends mieux que lorsque la pluie fait des siennes, ce « chemin » ne soit plus praticable.

Je suis tout seul dans cette montée, j’avoue que c’est assez hallucinant de passer par là. La nuit noire m’entoure, je suis en sous-bois.

Puis le chemin devient plus praticable. Je vois un train de lucioles devant moi. Je le rattraperai un peu plus haut.

Je retrouve la nana de Praz le Fort, qui discute toujours (ce n’est pas un mythe) mais avec un autre gars. Le retour vers Trient se fait à flanc de montagne et il est assez long. On entend de la musique mais c’est trompeur. Le son va plus vite que nous, et il porte. Garder le cap que ce n’est pas encore là, sinon petite claque au moral.

 

Je fais la descente en escalier vers Trient en tentant de suivre un mec. Erreur de ma part, la douleur au genou droit se réveille. Mais je me suis fait bien plaisir en y allant un peu plus.

Je passe devant l’infirmerie qui est avant le ravitaillement. En 2009, je m’étais arrêté là. La mort dans l’âme.

A Trient, Fabienne, mon père et John sont là. Ils sont incroyables. John a appelé Fabienne, qui était rentrée se poser un peu à Servoz, pour lui dire qu’il fallait reprendre le car pour qu’elle ne me rate pas à Trient. Une organisation je vous dis !!!

Je retrouve Nicolas (Marchan), qui pète le feu. Ma douleur au genou ne se produit qu’en descendant.

Alors, après une collation, une discussion avec mon team de choc, direction Catogne pour ensuite redescendre sur Vallorcine. Et là, Vallorcine cela sent bon, vraiment bon. Rapport à l’arrivée pas à l’odeur champêtre…

Je ne suis pas euphorique, j’essaie de maîtriser les émotions. Il reste 10 km pour Vallorcine. Je vais mettre 3h20 pour les parcourir dont 2h pour la montée. La montée pour Catogne se fait à un bon rythme. Je mène le train avec Nicolas. On gagnera 30 places dans cette montée. A posteriori, ce sera mon meilleur classement 712ème.

Après ça se complique en descente, la douleur au genou devient douleurs aux genoux. Chaque pas est difficile. J’appuie sur mes bâtons. La descente n’est pas spécialement mauvaise mais enfin, arrive Vallorcine. Il reste 19 km. Putain, 19 km sur 170. Rien quoi. Mais là, je suis bien bien entamé. Il est 5h du matin et cela fait 35h que je crapahute. J’ai battu tous mes records de temps et de distance de course. Mais ça use tout ça.

 


Optimisme Complice

 

Nicolas retrouve son team et moi, mon père et John. Les larrons ont des petits yeux et moi aussi.

D’ailleurs, ma fatigue est importante. Dans cette descente, en regardant des pierres au sol, j’ai l’impression, parce qu’elles sont zébrées, que ce sont des peaux de grenouilles ou de lézards. Oui, on fait ce que l’on peut.

Je vois aussi des ombres et je me dis que cela ressemble à des bonhommes. J’en parle à Nicolas qui me dit que lui aussi trouve que cela ressemble à des peaux de lézards. Ah !!! Vous voyez…

Mais je suis bien conscient que ce n’est pas réel.

A Vallorcine, Nicolas m’attendra car mes douleurs aux genoux deviennent vraiment importantes. Alors, direction le kiné. Il me dira que les tondeuses (pour raser les poils) ont rendu l’âme depuis longtemps. L’UTMB use tous les organismes.

Le strap qu’il me pose ne tient pas car j’ai encore de la crème solaire et c’est trop gras.

Alors il tente un tape. Ce n’est pas trop mal. Mais ça ne va tenir que quelques dizaines de minutes. Je sens pourtant que le tape fait effet.

Le départ de Vallorcine se fait en compagnie de Nicolas. Il est donc 5h10. Ma fatigue est grande est dans la montée vers le Col des Montets, je me surprends à fermer les yeux tout en marchant, à ne plus aller droit, à avoir une furieuse envie de dormir. Je me dis que si je vois un banc, je me couche.

On longe à ce moment-là une rivière, je regarde sur la droite et vois une forme blanche. A bien y regarder, je vois l’avant d’un bateau. Je ne parle pas de barque là, mais d’un yacht, on est dans le 25-30 mètres là. Un splendide yacht blanc. Je me dis que c’est quand même rudement étonnant qu’il y ait un énorme bateau là alors que la mer est loin.

Je demande alors à Nicolas ce que c’est à côté. Il me répond une gravière. Je lui dis alors que c’est fou qu’un bateau si grand soit là.

- Quel bateau ?

Je tourne de nouveau la tête à droite et il a disparu, à la place un pont et une grosse camionnette blanche.

Je réalise alors mon hallucination… Dingue. J’aurais juré que je voyais un bateau. J’ai bien vu un yacht là, à 100 m de moi.

Je suis vraiment dans le dur. Si la douleur dure, ce sera vraiment dur.

On croise enfin des bancs mais heureusement pour moi, je suis un peu moins fatigué. Je ne veux pas m’arrêter, je ne sais pas comment et si je pourrais repartir.

On s’attaque alors à la dernière montée. Celle de la Tête aux vents. Assez technique aussi avec ses pierres. La douleur est bien présente.

Au moins deux fois, je me remets à tanguer dangereusement. La fatigue refait surface. Mes yeux se ferment tout seul. J’intériorise un mantra : « Pars, la fatigue pars ». Il fait écho à celui que j’avais mis en place quand j’avais déjà eu quelques coups de mou : « On y va » en rythme avec les bâtons. Cela a un effet assez bon sur le psychisme. La fatigue s’en va réellement pour un temps.

Nicolas est à son aise, il m’attend. Arrive enfin la Tête aux vents, il est 8h10. Il reste 11 km. Je ne suis pas bien, mais ça va tenir. Je lui dis de se faire plaisir sur la fin. Il part alors devant. Il est vraiment bien. Il finira en moins de 40h.

Je vois la Flégère à l’horizon. Loin et proche à la fois.

Et là, je décide de prendre un codoliprane. Le secret est dit. L’effet est immédiat. La douleur aux genoux s’estompe. Je ne suis pas très fier de le prendre mais franchement ça a été radical. Je peux aller à un meilleur train tout en me retenant pour ne pas solliciter des genoux qui n’ont plus de signal d’alarme.

Je passe à La Flégère, 8 km, les 8 derniers. Que de la descente. Le chemin est une piste de ski puis on bifurque à gauche pour prendre le chemin forestier. A son début, il est rempli de racines et donc pas très roulant. Je décide en pensant à mon arrivée (!!) de ranger mes bâtons, cela me libérera les mains.

Ensuite, le terrain devient beaucoup plus roulant, je passe alors par un bar (si, si, ce n’est pas une hallucination) en terrasse. Mes deux compères de la montée vers La Ville des Glaciers s’étaient dit qu’ils y boiraient une bière s’ils arrivaient là.

Je trace tout droit et banzaï dans la descente, je donne tout. Ça sent trop bon, j’y suis, le chemin se fait plus caillouteux, je double quelques coureurs et ensuite le goudron. Chamonix !!

Et qui je vois ? Didier est là, en sandales, il court à mes côtés, je luis dis que ça y est, on va réussir. Je lui demande des nouvelles des filles. Je l’avais appelé de Suisse pour avoir quelques news.

Il me dit qu’il reste encore un ou deux kilomètres. Je suis à bloc. Je donne tout. Je croise des bénévoles qui nous guident dans les rues de Chamonix. Les applaudissements des passants me donnent l’énergie pour tenir le rythme. En fait, je ne pensais pas que c’était si long.

On tourne à droite pour longer l’Arve. Je double un coureur. Je veux arriver à distance d’un coureur pour profiter de l’arrivée.

Ensuite, on tourne sur le pont à droite, il y a beaucoup de monde, puis à gauche pour prendre la rue principale de Chamonix. Ce monde !!! Et là, avec Didier toujours présent, qui je vois ? Violette et Anaëlle !!!


Tout le monde est prêt.


Attendu de pied ferme.

Les retrouvailles !!

Elles sont en formes...

Je leur prends les mains et on continue le chemin. Violette court comme une dingue, j’ai du mal à la suivre…

Il reste bien 300m… On lève les bras, on dit des « allez ». Mega heureux.

 


On approche !!!


On y est presque.


On y est Cool

Et enfin l’arche d’arrivée !!! On s’arrête à 10 m, on lève les bras. Et on passe l’arche tous les trois. Le speaker lit mon prénom.

Trop heureux, on l’a fait, tous ensemble. Le tour du massif du Mont Blanc, d’une traite.

Fabienne et Josy sont là pour prendre les photos.

Star d’un jour.

Violette me donne les fleurs qu’elle avait prises pour moi. Trop mignon.

La même chose en live : ICI.

Et le reste du team arrive. Embrassades bien appuyés. On est tous contents d’avoir réussi. Quelle aventure. Tout le monde est fatigué. La sueur me brûle les yeux.

 

 

Je marche jusqu’à un stand, accompagné d’Anaëlle et Violette.

On me félicite. Vraiment quelle convivialité.

Et ce stand ? C’est celui des vestes finisher. On me donne ma veste.

 

Yes.

Avec Violette. Trop bien. Cela ne pouvait être mieux.

 

Après ce temps hors du temps, c’est moi qui plane un peu. Je ne réalise pas que je suis arrivé. J’ai la sueur qui me pique les yeux.

Je bois un peu de la boisson post effort que j’avais préparée avant de partir. Vraiment pas bon.

J’ai limite des crampes aux mollets sur certains mouvements.

Ensuite ce qui étonnant avec cette course c’est que l’on est tout de suite remis dans la réalité. Il faut bien rentrer. Alors, on va marcher à travers Chamonix pour retourner aux voitures.

L’histoire c’est que le ticket de parking a été perdu. Le camping-car (oui car mon père et Josy m’ont suivi en « dormant » dans le camping-car) et la première voiture sont disponibles. C’est la deuxième voiture qui ne peut pas sortir.

Finalement, Fabienne retrouve la facture, appelle le responsable et la voiture est libre, libérée, délivrée.

Retour à Servoz, trajet durant lequel je m’endors sans m’en rendre compte. Epuisé. Je me réveille uniquement lorsque l’on rentre dans le jardin. Je m’extirpe de la voiture.

 

Direction la douche. Et ensuite canapé. Je reste assis. Violette râle un peu parce que je ne veux pas lui lire une histoire.

-Papa va se reposer un peu.

- Oh non…

 

Puis, c’est le ballet pour la salle de bain. Tout le monde se refait une beauté.

J’annonce que l’on va aller au restaurant pour fêter cela.

On s’y rend tous avec envie et le cœur léger.

Le repas est détendu. On en profite pour prendre l’apéro. Relater les aventures de chacun. Je porte ma veste finisher.

 

 

J’ai des petits moments où mes yeux se ferment tout seul.

Le repas se termine par une tarte aux myrtilles et c’est le retour au chalet.

 

On finit de tout ranger. On rend les clés. Et c’est le temps des aux revoir.

Josy et mon père repartent en camping-car pour Chamonix pour se poser au parking et se reposer enfin.

Puis le départ vers 16h du reste du team.

Violette s’endort au bout de 10 minutes de voiture. Moi au bout de 30.

John conduit pendant une grosse partie du trajet.

 

Je profite de la route pour regarder mon portable qui n’a pas tenu la distance. Plus de 100 messages pendant ce tour. Incroyable tous ces encouragements, ce suivi.

Quand je vous dis que je ne suis pas seul dans la montagne. Heureux d’avoir partagé cela avec vous. D’être arrivé au bout. Merci pour tous vos messages.

Après le diner, je reprends le volant pour Montpellier. Tout le monde est allé loin dans la fatigue.

 

Voilà mon récit se termine.

 

J’ai la fierté d’avoir fini cette course après deux échecs. La sérénité qu’elle m’a apporté aussi bien pour la course en général que le recul que ça peut me donner par rapport aux contraintes quotidiennes.

Je suis heureux d’avoir partagé avec ceux que j’aime. Avec ma fille.

 

C’est tout de même une grosse course. Après la TDS je me disais que finalement, il ne manquait pas grand-chose pour finir une course comme l’UTMB. Mais cela reste quelque chose de grand et de difficile car beaucoup plus long. Même si je n’ai jamais douté pendant la course. La nourriture et la préparation des sacs étaient hyper bien pensées (lunette de soleil, changement vestimentaire, crème solaire). La boisson post effort était même préparée.

Le temps était très chaud mais une partie de ma préparation dans le sud a dû aider.

 

Je vous donne les derniers chiffres :

On était 2563 partants, au final, 1632 sont arrivés (64%). Je finis 734ème. Je suis 294ème sur 679 dans ma catégorie. J’ai mis 40h 14’ 59’’.

En ce qui concerne mon état physique, je n’ai pas de courbatures aux cuisses, la douleur aux genoux a disparu dès le mardi.

Mes pieds sont enflés et des fourmillements assez désagréable. Cela disparaitra au bout de deux jours.

Il me restera pendant deux semaines une douleur au niveau de l’omoplate gauche. Douleur que j’avais déjà eue lors de mes courses longues. Sans doute liée à une compensation.

Et globalement, une bonne fatigue tout de même.

Une dernière anecdote, lorsque j’ai dû donner mes papiers de voiture à Fabienne, je ne les ai pas retrouvés. Je pensais les avoir oubliés chez moi. Finalement, le lundi, j’ai eu un appel de l’organisation de l’UTMB me disant que quelqu’un avait retrouvé mes papiers. Ils m’ont été renvoyés par courrier… Au top je vous répète.

Alors, maintenant que c’est fait. Quelle est la suite ? Niveau course je ne sais pas. La diagonale des fous, le marathon des sables ? Je ne sais pas. Il faut retenir la difficulté de telles courses avant de repartir pour une telle préparation.

L’UTMB, c’était mon graal de course à pieds. Il est atteint. Partagé. Je suis comblé.

Et puis la relève est là :